Jean-Claude Brinette
Les fleurs : Elles naissent dans un mystère
Et jaillissent de la terre,
Avec toutes les couleurs,
Elles apportent le bonheur… Les fleurs
Dans la rosée elles s’ouvrent
Et le soir elles se couvrent,
Sans faire le moindre bruit
Pour s’endormir la nuit.
Elles cherchent le soleil
Qui passe dans le ciel,
Elles se gorgent de chaleur
Et adorent la douceur.
Elles invitent les abeilles
A boire dans leur stigmate,
Pour emplir des corbeilles
De pollens dans leurs pattes
Travaillant de longues heures
Elles emportent en leurs mains
Des grandes prairies de fleurs
Qui renaîtront demain…
Les fleurs ont un langage
Qui parle aux gens sages,
Pour leur dire en silence
Tout l’amour que l’on pense …
Nobles fleurs d’élevages
Qui font de longs voyages,
Petites fleurs des champs
Que ramassent les enfants.
Elles viennent en visite
Pour montrer qu’on existe,
Elles consolent ceux qui pleurent
Et fleurissent ceux qui meurent … Les fleurs
Si la vie est trop dure
Va donc dans la nature.
0uvre bien grand ton coeur
Pour y mettre des fleurs
Respire tous leurs parfums
Sans y mettre les mains,
Pour que même fanées,
Elles reviennent chaque année … Les fleurs
Jean-Claude Brinette

Jean-Claude Brinette
Arbres de ma jeunesse, fidèles et vieux amis,
Vous êtes toujours présents malgré le temps qui passe
Rappelez-vous l’enfant qui à vos pieds a grandi
Et jouait dans vos bras ses parties de cache-cache.
Arbres de nos vergers, si nobles et généreux
Dont les branches se plient sous le poids de vos fruits
Vous aimez les enfants et les rendez heureux
Lorsqu’ils viennent croquer vos fruits tendres et mûris
Arbres couverts d’ombrages aux feuilles de velours
Arbres centenaires qui verdissez chaque année
Immobiles géants ! Quand le temps est trop lourd
Vous ouvrez vos grands bras, juste pour nous protéger.
Forsythias étoilés, magnolias princiers,
Cerisiers de l’Orient aux pétales éclatants,
Fleurs blanches de merisiers pour couronne de mariée,
Quel défilé de mode quand arrive le Printemps !
Le soleil à travers des hêtres
Arbres, refuges élevés, où nichent les oiseaux,
Dont le doux chant célèbre : l’éveil de la nature.
Abri de pastoureaux qui veillent sur leur troupeau,
Adossés à vos troncs, vous inspirez leur muse…
Beaux chênes centenaires, rois des forêts par la taille,
Aux belles feuilles écarlates, quand arrive l’automne,
Immenses chênes chevelus aux glands sertis d’écailles,
Tilleuls argentés dont le duvet blanc frisonne…
Hêtres rouge foncés aux nervures à poils soyeux
Beaux sapins argentés aux cônes mouchetés de blanc,
Douglas sapins si doux, mémoires d’instants heureux,
Charmes aux branches tordues, à la stature si grande,
Saules pleureurs aux chatons garnis de cils dorés
Vous vous baissez à terre pour nous cacher vos larmes,
Peupliers grisards aux mille reflets argentés,
Larges pins parasols qui chantent dans le Mistral,
Cèdres d’Himalaya aux belles branches étagées,
Antiques Séquoia aux anneaux millénaires,
Catalpas aux fleurs tigrées comme les orchidées…
Frères silencieux, vous êtes l’ombre de nous-mêmes !
Sully Prudhomme
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;
Ils dorment au fond des tombeaux,
Et le soleil se lève encore.
Les nuits, plus douces que les jours,
Ont enchanté des yeux sans nombre ;
Les étoiles brillent toujours,
Et les yeux se sont remplis d’ombre.
Oh ! qu’ils aient perdu le regard,
Non, non cela n’est pas possible !
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu’on nomme l’invisible ;
Et comme les astres penchants
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent.
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l’autre côté des tombeaux,
Les yeux qu’on ferme voient encore.
(Stances : la vie intérieure)

René Armand François Prudhomme, dit Sully Prudhomme est un poète français, premier lauréat du Prix Nobel de littérature en 1901. En savoir plus…
José M. de Hérédia
Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume.
Au loin, brillante encore par sa barre d’écume,
La mer sans fin, commence où la terre finit !
A mes pieds, c’est la nuit, le silence. Le nid
Se tait. L’homme est rentré sous le chaume qui fume ;
Seul l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l’Océan s’unit.
Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.
L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d’or de son rouge éventail.
(La nature et le rêve)

Un coucher de soleil en Bretagne…
José María de Heredia[1] (1842-1905) est un homme de lettres d’origine cubaine. En savoir plus…
Pierre de Ronsard
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait éclose
Sa robe de pourpre au soleil
A point perdu cette vêprée
Les plis de sa robe pourprée
Et son teint au vôtre pareil.
Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ! ses beautés laissé choir !
O vraiment marâtre Nature
Puisqu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusque au soir !
Donc si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.
(Odes 1,17)
La rose est la fleur des rosiers, arbustes du genre Rosa et de la famille des Rosaceae.
Pierre de Ronsard (1er septembre 1524 – 27 décembre 1585) est un des poètes français les plus importants du XVIe siècle. plus d’infos